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Le nanar du mois de juin 2019 _ "Scipion l’Africain"

  • Mis à jour : 12 juin

Suite au visionnage de l’excellent documentaire "Péplum : muscles, glaives et fantasmes" diffusé vendredi 26 mars qui m’a bien fait rire je vais vous envoyer lors des prochains mois une série de péplum tous plus nanars que les autres.
Cinécandide

SCIPION L’AFRICAIN

FICHE TECHNIQUE
« Scipion l’Africain » (titre original : Scipione l’Africano) est un film italien réalisé par Carmine Gallone, sorti en 1937 et primé du meilleur film italien avec la coupe Mussolini la même année à la Mostra de Venise.

Synopsis
Le film raconte l’histoire de Scipion l’Africain (interprété par Annibale Ninchi) pendant la Deuxième guerre punique au iiie siècle av. J.-C., après la bataille de Cannes. Hannibal Barca et les Carthaginois avancent sur Rome, Scipion demande au Sénat de lui confier la province sicilienne afin de porter la guerre en Afrique. Il parvient dans un premier temps à repousser l’ennemi en Espagne. Scipion rencontre son allié Massinissa et doit affronter Syphax, roi de la Numidie et allié d’Hannibal. Syphax est défait lors de la bataille des Grandes Plaines, sa femme la reine Sophonisbe préfère se suicider plutôt que subir le déshonneur des vaincus. Les carthaginois appellent Hannibal pour les aider, c’est la bataille de Zama en 202 av. J.-C..

Fiche technique
- Titre original : Scipione l’Africano
- Titre français : Scipion l’Africain
- Réalisateur : Carmine Gallone
- Scénario : Carmine Gallone, Camillo Mariani Dell’Aguillara et Sebastiano A. Luciani
- Musique : Ildebrando Pizzetti
- Genre : drame, film épique
- Durée : 83 min
- Dates de sortie : 4 août 1937 en Italie et 30 novembre 1938 en France

Distribution
- Annibale Ninchi (VF : René Fleur) : Scipion l’Africain
- Camillo Pilotto : Hannibal
- Fosco Giachetti (VF : G.Escaffes) : Massinissa
- Marcello Giorda (VF : Henry Valbel) : Syphax
- Guglielmo Barnabò : Furius

LES CRITIQUES

Le film reste célèbre pour être l’archétype du film de propagande, en effet il a été commandé par Benito Mussolini lui-même, pour glorifier le fascisme. Les déclarations officielles du régime comportent d’ailleurs en épitaphe cette citation du Duce : « La cinematografia e l’arma piu forte » (Le cinéma est l’arme la plus forte).
Casting et tournage.

Spectaculaire à souhait (notamment les charges d’éléphants), Scipion l’africain rencontra un énorme succès et devint l’une des références du péplum. Le film tient à démontrer que, face à la menace assez métaphorique des « barbares » carthaginois et de leurs mercenaires, le réflexe offensif et le ralliement à la figure du chef de guerre charismatique sont nécessaires à la survie et à la grandeur de l’empire fasciste. On se doute qu’en pleine campagne d’invasion de l’Érythrée, le film dut rencontrer un écho tout à fait contemporain auprès des spectateurs.
En voulant concilier les impératifs du film de propagande et ceux du film spectaculaire, Scipion l’africain échoue sur tous les tableaux.
« Renouant avec les glorieux péplums de prestige, Scipion vante les vertus du chef guerrier contre les palabres inefficaces d’un Sénat craintif. La charge spectaculaire de ce glorieux ancêtre romain du Duce contre les éléphants d’Hannibal fait passer le message impérialiste fasciste avec une légèreté... pachydermique ».
Le film connaît par la suite une parodie en 1971 sous le titre de Scipion, dit aussi l’Africain, réalisée par Luigi Magni avec Marcello Mastroianni dans le rôle de Scipion.
Ce qui est sûr, c’est que ce film produit par Vittorio Mussolini (fils de) déplut au Duce, particulièrement atterré par la prestation d’Annibale Ninchi dans le rôle titre. Les critiques italiens de l’époque furent assez tièdes, préférant prudemment s’extasier sur la charge des éléphants, sous entendant ainsi que le reste du film ne valait pas grand chose. Scipion l’Africain remporta malgré tout le grand prix du festival de Venise (plaisamment appelé, à l’époque, Coppa Mussolini).

LES ECHOS DU TOURNAGE

Dans un premier temps c’est Alessandro Blasetti qui devait réaliser le film mais c’est finalement le réalisateur Carmine Gallone qui le tournera. Gallone est un solide artisan du cinéma (parfois comparé à Cecil B. DeMille) qui a commencé le cinéma en 1913, qui devient un des piliers du cinéma italien de l’entre-deux-guerres et qui tournera après guerre notamment deux films de la série des « Don Camillo » avec Fernandel.

Pour le rôle principal c’est un acteur de théâtre reconnu qui est choisi : Annibale Ninchi. À noter, Alberto Sordi dans son premier (petit) rôle non crédité au cinéma joue un soldat. Les trois assistants-réalisateurs deviendront tous les trois des réalisateurs à leur tour, à savoir Giorgio Ferroni (La Guerre de Troie), Romolo Marcellini (La grande olimpiade) et Domenico Paolella (L’Enfer de Gengis Khan). Le monteur autrichien Oswald Hafenrichter travaillera après la seconde guerre mondiale en Angleterre notamment sur « Le Troisième Homme » qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur montage.
Ce métrage bénéficia de gros moyens : plus de 350 jours de tournage, des milliers de figurants (au moins 6000 pour reconstituer la bataille de Zama), des centaines de chevaux et des dizaines d’éléphants (tous les cirques d’Europe ont été mis à contribution), plus de 60 rôles parlants et 30 acteurs de renom, et enfin 6 scénaristes. Trop d’acteurs et de scénaristes, les séquences s’enchaînant sans véritable continuité et sans que l’on ne retienne ou se rappelle qui fait quoi, hormis Scipion et Hannibal. Car si le lien scénaristique entre les scènes est assez lâche, il y a en plus, entre elles, des ruptures de ton qui donnent l’impression d’assister à des films différents. Aux discours pompeux et ampoulés succèdent des séances de comique troupier (les légionnaires au camp), puis des séquences mélodramatiques qui semblent tirées d’un film muet (celles avec Isa Miranda qui sont souvent ridicules, et celles impliquant Sophosnibe directement inspiré du "Cabiria" de 1914).
Le spectateur en est réduit à attendre la bataille finale, clou du film, qui elle ne déçoit pas et offre enfin le grand spectacle espéré. L’aspect propagandiste est contenu pour l’essentiel dans la scène d’ouverture, où l’homme providentiel, sauveur de la patrie, s’oppose à une assemblée de braillards (critique à peine voilée du parlementarisme) avant de sortir sous les acclamations du peuple qui fait alors, comme un seul homme, le salut romain. Un salut qui en rappelle un autre remis au goût du jour par les chemises noires. Mais quand la caméra se rapproche, lors d’un travelling, on se rend compte qu’un grand nombre de figurants, vus de dos, écartent complètement les doigts de la main tendue, sans doute de façon volontaire, enlevant ainsi toute signification politique à leur geste. Signe avant coureur de la chute d’un régime ?