Le cinema irlandais

  • Mis à jour : 9 juillet

CINEMA IRLANDAIS

Pour prendre connaissance de l’intimité des vies individuelles et familiales, les œuvres de fiction, écrites, audiovisuelles et cinématographiques sont des voies d’accès privilégiées. C’est grâce à des auteurs tels que Roddy Doyle (1958) et John McGahern (1934-2006) que l’on aura également la possibilité de découvrir une Irlande nationaliste, rurale, anticolonialiste. Ecrivains et scénaristes témoins de leur époque et qui ont su relater l’histoire (romancée ou véritable) de leur pays. John McGahern était un instituteur qui fut renvoyé après la publication en 1965 de son deuxième livre, "The Dark", description sans concession d’une Irlande rurale et étouffante. Ces œuvres permettront au lecteur averti de pouvoir explorer les relations de couple, la jeunesse dublinoise et les rapports douloureux avec les croyances religieuses. Aujourd’hui, L’Irlande ne correspond plus à l’image que l’on se fait d’elle. Ses citoyens travaillent dans des secteurs de pointe, très loin des métiers de la pêche et de l’agriculture, qui n’utilisent désormais que 4,19 % de la population active (2006).

HISTOIRE

L’Irlande est un pays complexe, qui est en permanence à la recherche de son identité culturelle. Cette quête est intimement liée à l’histoire du pays. L’émigration a contribué à la perte de la langue gaélique mais à participé à l’élaboration d’une nouvelle identité, celle de l’Irlandais en exil.
Les Irlando-Américains continuent à cultiver leur attachement à leur pays d’origine, particularité qui se retrouve dans le cinéma américain où l’on découvre bien souvent une image idéalisée, pastorale et stéréotypée de l’Irlande, allégorie d’une sorte de paradis retrouvé.

Le catholicisme a lui aussi joué un rôle non négligeable dans l’élaboration de la culture irlandaise. Le cinéma national retranscrit cette diversité culturelle à travers de nombreux thèmes récurrents tels que la terre, le folklore et le conflit avec la Grande-Bretagne. Ces différents sujets sont exploités et associés afin d’en projeter les légendes et les traditions, le patriotisme et le folklore, la religion et la condition de la femme, le monde agricole et le nationalisme. La récurrence de ces thèmes participe à l’élaboration d’un archétype culturel que l’on retrouve dans une multitude de formes artistiques.
Aujourd’hui, le cinéma irlandais ose de nouvelles approches en renvoyant une image de l’île moderne et urbaine. Le stéréotype d’une Irlande verte et pluvieuse constitue une réalité qui paradoxalement engendre des clichés.

Il est bien difficile de définir un cinéma proprement irlandais, car il existe de nombreuses interactions historiques, culturelles et économiques qui brouillent quelque peu les pistes. Il n’existe quasiment pas de politique artistique gouvernementale et la production cinématographique est souvent dépendante d’investissements étrangers. La censure au nom de l’unité nationale ainsi que l’autocensure ont également empêché le développement d’un cinéma national.

Des productions étrangères et nationales voient le jour mais la production de films en Irlande peine à se développer à cause d’incessants conflits (guerre d’indépendance, guerres civiles, etc). La violence de cette époque empêche l’essor d’une production cinématographique nationale mais devient un des sujets prédominants des films sur l’Irlande. La période du cinéma muet est une période agitée. L’instabilité politique du pays n’assure pas une continuité dans la production des films. Cependant, les succès nationaux et internationaux participent à la construction d’un cinéma irlandais au sein duquel les sujets du passé reflètent la situation contemporaine du pays.

La production cinématographique irlandaise

Le cinéma muet

Le cinéma fait son apparition à Dublin avec la projection de films des frères Lumière. Les premières projections ont lieu en 1897, dans un théâtre dublinois, le Rotunda et les premières images animées sont des productions françaises des frères Lumière, dont le célèbre pont de Dublin, « O’Connell Bridge ».

Cinéma Rotunda, Dublin

En dépit d’une tradition de cinéma relativement faible, l’industrie irlandaise est reconnue comme l’une des meilleures d’Europe pour sa créativité. Tout a commencé en avril 1896, un an après la célèbre projection à Paris des frères Lumière, lorsque Henry Joly enregistra pour la première fois dans le pays des images en mouvement sous le titre :« People walking in Sackville Street », « Traffic on Carlisle Bridge » et « The 13th Hussars Marching through the City ».

En 1909, Les dublinois assistèrent à la construction de la Volta, la première salle de cinéma du pays et un an plus tard fut filmé « A Lad from Ireland, » le tout premier film irlandais, qui fut également le premier tourné et commercialisé entre deux continents, l’Amérique et l’Europe.
Des événements importants sont filmés, comme la « Visite de la reine Victoria à Dublin en 1900 ».

Devant le succès des projections, l’association The Irish Animated Picture Company est créée en 1904 par J.T. Jameson. C’est la première compagnie cinématographique irlandaise. Les films projetés au public irlandais sont exclusivement des productions anglaises. Comme à cette époque, l’Irlande fait partie de l’Empire britannique, il semble difficile de distinguer les films irlandais des films anglais.

Le premier film tourné en Irlande est « The Lad From Old Ireland », film muet de dix minutes, réalisé en 1910 par Sidney Olcott, cinéaste canadien d’origine irlandaise et produit par une maison de production américaine, la Kalem. Le film raconte l’histoire d’un jeune irlandais qui émigre et fait fortune en Amérique. A cette époque, Les Etats-Unis ont besoin d’une main d’œuvre bon marché et anglophone. Ce court-métrage diffuse le mythe du rêve américain et souligne un des problèmes essentiels de l’Irlande du 19ème et des débuts du 20ème siècle, celui de la propriété de la terre et de la dépendance au colon anglais ainsi qu’à l’Irlandais protestant. Grâce à The Lad From Old Ireland, l’Amérique favorise la production d’un film qui met en avant l’opportunité de faire fortune pour les nouveaux immigrants.

Sidney Olcott réalisa vingt-huit films dans lesquels on peut y voir une préférence pour le nationalisme irlandais. Sur les vingt-huit films, aujourd’hui, il n’en reste plus que sept, ce qui représente la plus grosse production jamais réalisée en Irlande. Sidney Olcott meurt en 1949 alors que le cinéma parlant fait son apparition.

Lorsque le cinéma muet atteint son apogée et que les premiers films parlants et sonores commencèrent à devenir populaires, le cinéma irlandais produit une quantité importante de films grâce à la toute récente Irish Film Company fondée par Mark Sullivan.
Mark Sullivan
Parmi les productions les plus importantes de cette époque il convient de mentionner « Knocknagow » (1917) de Fred O’Donovan, « Willy Reilly and his Colleen Bawn » (1920) de John MacDonagh, « Irish Destiny » (1926) de George Dewhurst et « The Dawn » (1936) de Tom Cooper, premier film parlant en Irlande.

Le parlant est musical

Durant les deux décennies suivantes, une autre organisation visant à promouvoir le cinéma en Irlande fut fondée. Le National Film Institute chercha ainsi à promouvoir des films à caractères informatifs, traitant de sujets tels que l’amélioration des technologies agricoles, la gestion des finances, ou encore la santé. Durant ces années là, le producteur Gael Linn tenta de promouvoir les films parlants en Irlandais, en juxtaposant les films parlant en anglais déjà existant.

Les premiers films sonores réalisés en Irlande sont des films musicaux. La musique tient une place importante au sein de la société irlandaise, ce qui favorise la production de comédies musicales qui mettent en scène des histoires optimistes.
« The Voice of Ireland » est le premier film sonore irlandais. Sorti en 1932, il est écrit, réalisé et produit par le colonel Victor Haddick. Le film ne rencontre guère de succès car les critiques irlandaises de l’époque trouvent que le film colporte une image parodique de l’île.

Parmi les plus remarquables productions parlantes tournées en Irlandais, l’on peut mentionner une série d’actualité en courts-métrages Amharc Éireann, qui s’est trouvée être la plus longue série de film de ce genre projetée dans les salle de cinéma en Irlande. Dans le même temps, le directeur George Morrisson se fit remarquer grâce à ses documentaires « Mise Éire » (1959) et « Saoirse ? » (1960).

La censure et le rôle de l’Eglise

Peu après la création de l’Etat libre (actuelle République d’Irlande), en juin 1923, le gouvernement irlandais se dote de son propre système de censure avec le Censorship Act. Le censeur est nommé par le gouvernement et c’est James Montgomery qui assurera cette fonction en s’appuyant sur les textes des dix commandements pour exécuter son travail.
Au nom de la morale catholique, en dix sept ans de fonction, Montgomery fit interdire la projection de 1800 films. La plupart des films projetés en Irlande sont américains et le Code Hays n’existe pas encore.
L’importance du catholicisme est une des raisons pour lesquelles la censure irlandaise est très sévère. Il est interdit de représenter une action non conforme aux règles catholiques et il faut éviter de maltraiter la fierté irlandaise. Mais la rigueur de la censure irlandaise n’a jamais facilité la production de films, engendrant une stagnation concernant le tournage et la production de films dans le pays.
A partir de 1940, le second censeur se nomme Richard Hayes et ne déroge pas à la ligne de conduite tracée par son prédécesseur. Hayes bannit tous les films où l’on mentionne l’avortement, la contraception, l’adultère ainsi que toute allusion sexuelle. La politique est un sujet difficile à aborder pour les producteurs irlandais et les thèmes tels que l’amour et la famille doivent être représentés d’une façon très édulcorée. Le risque que le film soit censuré devient trop important et effraye les éventuels investisseurs irlandais.
Depuis la nouvelle constitution rédigée en 1937, l’Etat irlandais institutionnalise le rôle de l’Eglise catholique dans différents domaines, de la vie quotidienne aux moyens d’expression artistique. A cet effet, le catholicisme bénéficie d’un statut spécial en Irlande. La famille est considérée comme étant la base de la société, il est conseillé aux femmes de rester au foyer et le divorce est interdit (devenu légal en 1995). L’Eglise n’a pas de rôle direct sur la censure mais exerce une influence certaine sur le censeur et les cinéastes.
Il est indéniable que la censure a joué un rôle dans l’absence d’une industrie du cinéma. Le sujet des films tournés en Irlande portent souvent sur le nationalisme, ce qui déplaît aux autorités anglaises. Le British Board of Film Censors s’applique également à censurer tout film où l’on représente la lutte irlandaise, sauf si cette dernière est montrée de façon très épurée et que le film n’apporte aucune critique sur les actions britanniques, une autre raison de la difficulté pour le cinéma irlandais de ne pas pouvoir se développer.

PERIODE 1922 - 1983

De 1922 à 1982, il y eut que très peu de productions cinématographiques irlandaises et les studios d’Ardmore n’y sont pour rien, car même s’il se tournait beaucoup de films sur l’île, l’économie du pays, dû au fait du protectionnisme culturel et économique et à l’insularité, n’a jamais pu profiter d’un réel élan cinématographique.

Les soixante premières années du cinéma irlandais n’ont eu de cesse de préparer le terrain à la jeune génération de réalisateurs, qui se mettra à produire des films d’auteur. Les thèmes les plus récurrents vont être développés au cours des années 80 : guerre de libération (le conflit s’est déplacé au nord de l’île), le regard sur un pays replié sur lui-même, l’opposition entre le monde rural et la société urbaine (conflit entre conservatisme identitaire et modernité).

La seconde guerre mondiale

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’Irlande est restée neutre car le pays devait faire face à une terrible crise économique. De ce fait, l’industrie cinématographique n’a pas pu se développer. Il subsiste tout de même deux longs-métrages documentaires qui font partie du patrimoine national ; levant symboliquement l’interdit de l’usage de la langue gaélique dans le cinéma irlandais. Ces films sont considérés comme étant les précurseurs d’œuvres indépendantes des années 70.

The National Film Institute of Ireland est un organisme d’Etat, fondé en 1943 par l’archevêque de Dublin et Primat d’Irlande, établissement qui est fortement influencé par l’Eglise. Les principaux objectifs du National Film Institute of Ireland étaient de motiver l’intérêt des Irlandais pour le cinéma, d’éduquer le public à des projections de films, d’éduquer les jeunes grâce à des moyens cinématographiques, de construire une bibliothèque nationale du film et de produire des documentaires éducatifs sur l’hygiène et la sécurité.
Les films produits sont essentiellement des documentaires informatifs et éducatifs, parfois propagandistes, comme « A Nation Once Again », réalisé par Brendan Stafford en 1946. Le film tire le portrait d’une Irlande propre, heureuse et sans problème.
En réaction à ce documentaire de propagande, Liam O’Leary réalise un court-métrage de sept minutes, « Our Country », en 1948. Ce film présente le pays de façon plus réaliste. Il décrit et critique la pauvreté, la maladie, l’émigration, les enfants qui traînent dans la rue et compare la misère des gens aux richesses visibles des grandes vitrines. Ainsi fait, le gouvernement se retrouve directement visé, car le film dépeint une Irlande pauvre et misérable. Le film sort en pleine campagne électorale et est considéré comme un film de propagande qui apporte une critique acerbe du gouvernement en place, à qui l’on reproche d’être étroitement lié à l’Eglise. Liam O’Leary réfute l’image d’une Irlande rassurante et erronée.

Les années 50 - 70

En 1953, la Gael Linn est une association chargée de promouvoir la culture irlandaise sous toutes ses formes : langage, éducation, littérature, théâtre, cinéma. L’association produisit deux documentaires : « Mise Éire » (Mon nom est Eire), en 1959 et « Saoirse ? » (Liberté ?), en 1962, films réalisés par George Morrison. Ces deux films ont entièrement été montés grâce à des images d’archives.

L’industrie cinématographique irlandaise progresse peu dans les années 50, la production de films est très faible. En effet, elle se limitait à quelques films documentaires réalisés grâce à des organisations gouvernementales.Devant la multiplication de films étrangers tournés en Irlande, en 1958, les studios d’Ardmore, situés entre les villes de Cork et Waterford (Port Láirge, en Irlandais), dans le comté de Waterford, voient le jour dans la province du Munster, mais la direction des studios favorisera plus les productions étrangères aux dépens du cinéma national et des techniciens irlandai

- « Mise Eire » - Titre anglais : « I am Ireland » - Titre français : « Je suis Irlande » - Réalisation : George Morrison - Genre : Documentaire - Année : 1959 / N&B - Pays : Irlande/ version originale : Gaélique
Synopsis : Film documentaire présenté au Festival du film à Cork en 1959. Aujourd’hui, les attitudes romantiques envers la lutte d’indépendance sont obsolètes et pour de nombreuses personnes, l’idéologie « valorisatrice » de l’émeute de 1916 peut paraître grossière. Ce documentaire utilise une profusion de films d’archives, d’affiches et autres documents d’époque.

- « SAOIRSE ? » - Titre anglais : Freedom ? - Titre français : Liberté ?
Réalisation : George Morrison - Genre : Documentaire - Pays : Irlande/ version originale : Gaélique - Année : 1961 / N&B
Synopsis : Film documentaire relatant les événements en Irlande entre 1921 et 1922.

Ces deux films marquent une date importante dans la récupération de la mémoire nationale car ils couvrent les périodes-clés 1900-1918 et 1918-1922.nD’un point de vue documentaire, George Morrison, réalisateur irlandais né en 1922 à Tramore, dans le comté de Waterford, posait les interrogations fondamentales inhérentes au cinéma irlandais : "L’indépendance pour qui ? Pour quoi ?"

- « THE ROCKY ROAD TO DUBLIN » - Réalisation : Peter Lennon - Genre : Documentaire - Pays : Irlande - Année : 1961 / N&B
Synopsis : Regard neuf et original sur l’Irlande. Constat lucide et sévère sur sept cents ans d’occupation britannique et prise de conscience sur la difficulté de réveiller un peuple allergique à l’idée de liberté.

Tout comme George Morrison, le réalisateur Peter Lennon posent des questions fondamentales sur l’Irlande d’aujourd’hui : "Qu’avez-vous fait de votre révolution après avoir triomphé ? Quel héritage de 1922 ?"Peter Lennon : « Vous vous êtes contentés de glorifier les héros et de qualifier de traître ceux qui osaient les critiquer ». En connaissance de cause, on comprend aisément que le film fut provoquant dans un contexte économique et social de 1968, le film fut présenté au Festival de Cannes la même année, dans un contexte tout aussi « chaotique ». Le film est d’ailleurs devenu la référence de toute une génération de cinéastes irlandais et européens. Le film raconte une histoire contemporaine se déroulant dans les années 50 et dénonce le conservatisme gouvernemental, la politique internationale et l’économie irlandaise.

La Gael Linn avait pour habitude de produire des films d’actualités ainsi que des documentaires mais les actualités projetées ont vite été supplantées par l’apparition de la télévision dans les années 60. George Morrison réalisa en 1966 « Irish Rising », un documentaire pour commémorer le cinquantenaire de l’insurrection de Pâques 1916.

L’essor cinématographique : 1970-1995

La fermeture définitive des studios d’Ardmore engendra la création de la Commission du cinéma irlandais. . En 1982, une Commission Irlandaise du Cinéma (Bord Scannán na hEireann’s, Irish Film Board) est créée. La Commission Irlandaise du Cinéma fut un organisme créé dans le but de palier au manque de production cinématographique en proposant une politique culturelle du cinéma (création, marketing et formation des techniciens irlandais). Cette commission fut financée par l’Etat entre 1982 et 1987 et a été relancée en 1993 et, est considérée comme la source de la renaissance actuelle du cinéma national.

Grâce à l’aide apportée par la Commission, plus de vingt-cinq longs-métrages ont pu être produits. En 1987, l’organisation suspendit son activité, ce qui fut une véritable tragédie pour les auteurs irlandais. Sous la pression des professionnels du cinéma irlandais, la Commission reprit son activité au début de l’année 1993. Grâce à un travail d’incitation à la production, vingt-cinq films et huit documentaires ont pu voir le jour en Irlande.

Le cinéma irlandais s’est développé de deux manières : un cinéma d’auteur ou indépendant, un cinéma faisant appel aux différentes techniques cinématographiques, qui se rapprocherait plus d’un cinéma hollywoodien, en faisant appel à des capitaux internationaux. La majorité des films restitue un lien étroit avec l’identité irlandaise et retranscrit un véritable point de vue d’auteur.

Dans les années 80, les films irlandais abordaient que très rarement l’histoire (sont exclues les luttes héroïcisées du début du siècle). Les histoires traitées dans le cinéma des quinze dernières années jouaient sur les conséquences des conflits parmi la population civile et se référaient surtout à la situation en Irlande du Nord. Les héros étaient bien souvent des personnages ordinaires, perdus dans un univers où la violence subie par l’Irlande a trop longtemps servi de prétexte à l’écrasement des femmes (Cf. Maeve, Pat Murphy & John Davies, 1981) ou à l’explosion d’autres violences (Cf. Angel, Neil Jordan, 1982).

Des films tels que « The Crying Game » et « Au nom du père » (In The Name of the Father) relatent une actualité brûlante liée au conflit nord-irlandais, tout en racontant l’histoire de personnages anonymes frappés par une extraordinaire machine à broyer qui met dans le même sac bourreau et victimes.

The Crying Game
Dans le cinéma irlandais, il est indéniable que les thèmes exploités constituent une récurrence identitaire et nationale. Ainsi, le repli conservateur , dénonciation de la sévérité de l’enseignement catholique, les thèmes de l’enfermement et du repli sur soi sont posés comme des principes de société acquis par l’héritage de la pensée conservatrice des années 50. L’opposition entre la ville et la campagne est également une image constante dans le cinéma irlandais (Cf. Traveller (1982) et Reefer and the Model (1987), Joe Comerford).

Le cinéma irlandais apparaît à l’image du pays tout entier : l’industrie cinématographique, tout comme le processus de paix, sont des éléments relativement récents, et tous les espoirs sont tournés vers un développement d’une cinématographie émergente.

Tout en restant dans le cadre d’un cinéma identitaire, le cinéma irlandais s’inscrit dans la modernité et « semble prêt à regarder son passé à partir d’un présent libéré des héritages nationalistes, religieux et machiste ».

« Le cinéma irlandais exprime aujourd’hui une authentique aspiration vers un pluralisme radical ». Rod Stoneman, Directeur de la Commission du Cinéma irlandais.

Le cinéma moderne

Une nouvelle tendance prit par surprise le cinéma irlandais dans les années 1970. Des sujets comme les défis sociaux, économiques, l’éducation ou la politique firent leur apparition dans les scripts des nouvelles productions. Outre cette nouvelle tendance, l’arrivée de la télévision dans le pays favorisa la professionnalisation des écrivains, cinéastes et techniciens de l’industrie du cinéma.

Sur cette riche toile de fond, des films tels que « Caoíneadh Áirt Uí Laoíre » (1975) de Bob Quinn, « Poitín » (1978), « Reefer y The Model » (1988) de Joe Comerford, et « The Road to God Knows Where » (1988) et « Prophet Songs » (1990) de Alan Gilsenan, gagnèrent vite une reconnaissance internationale

Plus récemment, parmi les principaux succès irlandais on peut citer « Alisa » (1994) de Paddy Breathnach, « The Crying Game » (1992) de Neil Jordan, « The Snapper » (1993) de Stephen Frears, « Les Commitments » (1990) de Alan Parker – qui dirigea Madonna en 1997 pour « Evita- » et « My Left Foot » (1989), « The Field » (1990) et « Au nom du père » (1993) de Jim Sheridan.

Sources :
- Cinéma et Histoire Marc Ferro 1977
- Irlande : Histoire, Société, Culture Maurice Goldring & Clíona Ní Ríordáin 2012
- La question irlandaise Wesley Hutchinson 2001
- Le cinéma irlandais Stéphanie Willette 2004
- Cinémas irlandais Jean-Pierre Garcia & Klaus Gerke 1996
- Centre Culturel Irlandais Paris
- Blog DJ Miss Phoebe