Le cinéma du Yemen

  • Mis à jour : 28 janvier

Le cinéma yéménite est relativement peu développé, seuls deux films ont été réalisés en 2008 au Yémen.

Sorti en 2005 au cinéma, « A New Day in Old Sana’a » traite du mariage d’un jeune homme qui doit faire le choix entre un mariage traditionnel ou vivre avec la femme qu’il aime.

Le film s’est heurté à plusieurs difficultés et notamment aux musulmans conservateurs ; un acteur autrichien a été poignardé pour être apparu dans un film, le réalisateur a fait appel à une actrice libanaise pour le rôle principal féminin par réticence des femmes yéménites, le plateau a été pris d’assaut le premier jour du tournage par un groupe d’extrémistes islamiques. Enfin, les administrations gouvernementales posent des problèmes considérables pour le tournage, le scénario, le contenu...

En août 2008, le ministre yéménite de l’intérieur, Mutahar al-Masri soutient le lancement d’un nouveau long métrage visant à éduquer le public sur les conséquences de l’extrémisme islamiste, « Le pari perdant », produit par Fadl al-Olfi. L’intrigue suit deux djihadistes yéménites, qui reviennent chez eux après plusieurs années à l’étranger. Ils sont renvoyés par Al-Qaïda pour recruter de nouveaux membres et mener des opérations meurtrières au Yémen.

L’ETAT DU CINEMA YEMENITE EN 2018
Ref. La Croix _

Une salle de banquet transformé en cinéma de fortune dans le sud du Yémen en guerre. Le soir de la première de son film, le cinéaste Amr Gamal retient son souffle, craignant que personne ne soit au rendez-vous.

Finalement, les spectateurs sont venus nombreux, comme les soirs suivants dans ce cinéma d’Aden. Avec « 10 jours avant le mariage », hommes, femmes et enfants ont renoué avec le plaisir du cinéma.
Ce film —l’histoire d’un couple qui se bat pour se marier sur fond de conflit— est le premier long métrage de M. Gamal et l’un des rares films yéménites produits ces deux dernières décennies.
"Notre plus grande crainte était d’abord que personne ne vienne voir le film", a-t-il déclaré à l’AFP après une projection début septembre.
"Nous pensions que c’était impossible d’avoir une forte participation, tant les gens ont peur", a-t-il ajouté. "Mais l’impossible est arrivé".
"10 jours avant le mariage" raconte la vie de Rasha et Maamoun, deux jeunes Yéménites dont le mariage a dû être reporté en 2015 quand l’Arabie saoudite et ses alliés sont venus appuyer militairement le gouvernement contre des rebelles qui s’étaient emparés d’une bonne partie du pays. Après un apaisement du conflit dans le bastion gouvernemental d’Aden, le couple tente une nouvelle fois de se marier mais se heurte aux conséquences de la guerre, notamment la pauvreté, les assassinats et les affrontements sporadiques.

Au Yémen, le cinéma veut prendre sa revanche sur la guerre
"Il y a toujours une guerre parallèle après la fin officielle", estime le cinéaste. "Malheureusement, tant d’ambitions, de rêves sont détruits par la guerre dans le monde arabe", ajoute-t-il.
L’histoire a visiblement touché les spectateurs. "Le film est incroyable. C’est fidèle à la réalité, celle de nos vies, ici à Aden, une ville qui souffre vraiment", a confié l’un d’eux. Un autre, sa petite fille dans les bras, a qualifié le film d’"indescriptible". Le film, entièrement tourné au Yémen en temps de guerre, a été produit avec un budget estimé à 33.000 dollars seulement, selon M. Gamal.
Une fois le film achevé restait le problème de la salle, les cinémas d’Aden ayant fermé soit parce qu’ils ont été détruits ou endommagés, soit pour des difficultés budgétaires.
Gamal et son équipe ont ainsi aménagé une salle de banquet, installant des chaises de velours rouge et un écran.
Lors du tournage, l’équipe du film a également dû faire face aux difficultés quotidiennes du Yémen, comme des pannes d’électricité ou interruptions du réseau des téléphones portables.
"Nous avons dû nous rendre chez les acteurs en voiture pour les informer d’un changement d’horaire ou de lieu car il n’y avait pas de réseau la moitié du temps", explique M. Gamal.
Selon lui, c’est grâce aux habitants d’Aden que son film a été rendu possible. En voyant les caméras et les acteurs dans les rues, les gens leur ont apporté de l’eau, les ont encouragés et, dans certains cas, ont proposé gratuitement leurs magasins ou leurs maisons comme cadre pour le tournage.

Les réalisateurs yéménites se battent depuis des décennies pour représenter leur pays et son peuple au grand écran. Après l’unification en 1990 du Nord et du Sud, autrefois indépendants, les cinémas au Yémen ont progressivement disparu en raison des fatwas religieuses, de la pauvreté ou de la guerre. Mais les cinéastes du pays ont refusé d’abandonner, avec une poignée de films sortis ces dernières années.
« Karama Has No Walls » ("La dignité n’a pas de limite"), un court métrage de Sara Ishaq nominé aux Oscars, raconte l’histoire de manifestants désarmés qui sont descendus le 18 mars 2011 dans les rues de la capitale Sanaa, où ils ont été abattus par les forces de l’ordre.

La documentariste Khadija al-Salami a également été saluée en 2014 avec son film « Moi Nojoom, 10 ans, divorcée », qui raconte l’histoire d’une fillette qui veut divorcer de son mari.

FILMS YEMENITES
2010
- « 10 jours avant le mariage » (2018)
- « Socotra, the Land of Djinns » (2016), 65 min, documentaire, Jordi Esteva

- « Socotra : The Hidden Land » (2015), 40 min, cm, Carles Cardelús

- « Moi Nojoom, 10 ans », divorcée (2014), 96 min, Khadija Al-Salami
- « Yemeniettes » (2014), 60 min, documentaire-fiction, Shawn David Thompson

- Mag Mell (2014), 65 min, policier, Mek Leeper
- Socotra : He’r wa Imshin (2014), 37 min, cm, documentaire, Felisa Jiménez
- The Uprising (2013), 78 min, documentaire, Peter Snowdon
- « The Mulberry House » (2013), 65 min, documentaire

- « From Gulf to Gulf to Gulf » (2013), 83 min, documentaire, Shaina Anand, Ashok

- Bayt al toot (2013), 75 min, documentaire, Sara Ishaq
- Al Bayt Al Kabeer (2013), 5 min, cm, Musa Syeed
- « Killing Her Is a Ticket to Paradise » (2013), drame, Khadija Al-Salami

- Karama Has No Walls (en) (2012), 36 min, documentaire, Sara Ishaq
- Janapar (2012), 79 min, documentaire-fiction, James Newton, Tom Allen
- « Unknown Land » (2012), 78 min, drame, Manuel de Coco

- Al Sarkha (2012), 80 min, documentaire, Khadija Al-Salami
- Sounds of Oud (2012), 25 min, cm, drame, Ibi Ibrahim
- The Gift Maker (2011), cm, drame, Ziryab Al-Ghabri, Abdurahman Hussain
- The Old Lady Short Film (2010), cm, documentaire, Ziryab Al-Ghabri, Abdurahman Hussain

2000
- The Losing Bet (2008) (Le pari perdant)
- Al-rahan al-khasar (2008), 105 min, Fahdel Al-Olofi
- Amina (2006), 75 min, drame, Khadija Al-Salami
- New Day in Old Sana’a (en) (2005), 86 min, drame, Bader Ben Hirsi
- Une étrangère dans sa ville (2005), 28 min, cm, documentaire, Khadija Al-Salami
- Les femmes et la démocratie au Yémen(2003), 54 min, documentaire, Khadija Al-Salami
- Someone Is Sleeping in My Pain : An East-West Macbeth (2002), 96 min, Michael Roes

FILMS TOURNES AU YEMEN
- The English Sheik and the Yemeni Gentleman (Americain - 2000)
- Les Mille et Une Nuits (Il fiore delle mille e una notte) (Italien - 1974 - P P Pasolini) - Le film a provoqué une controverse quand on a appris l’existence de scènes érotiques.
- Les Murs de Sanaa (Le mura di sana) (Italien, court métrage - 1964 - P P Pasolini)
- Le schiave esistono ancora (Italien - 1964)

REALISATEURS YEMENITES

BADER BEN HIRSI

Al-Bader Ben Yahya al-Hirsi, communément appelé Bader Ben Hirsi, (arabe : ??? ?? ????, né en 1968) est un dramaturge et metteur en scène anglais d’ascendance yéménite.

Jeunesse et Education
Le père de Hirsi, Yahya al-Hirsi al-Ban, était originaire de la ville de Lahij. Al-Ban a déménagé du Yémen en Grande-Bretagne dans les années 1960, et c’est dans ce pays que Bader Ben Hirsi est né et a grandi, avec six frères et sept sœurs. Hirsi a obtenu un diplôme en commerce de l’Université de Buckingham et a travaillé à Londres en tant que banquier d’investissement pendant plusieurs années. Cependant, il a décidé de se lancer dans le théâtre et a obtenu un diplôme en production dramatique du Goldsmiths College, qui fait partie de l’Université de Londres.
Trois de ses pièces, « A Boring Affair, » « Claptrap » et « On the Side of the Angels », ont été jouées au Edinburgh Fringe à Édimbourg, en Écosse.
L’une de ses sœurs a épousé le prince Muhammad al-Badr comme troisième épouse.

Carrière
En 1995, Hirsi s’est rendu au Yémen pour la première fois et en 1996, il a épousé une femme yéménite. En 2000, Hirsi a sorti le documentaire « The English Sheikh and the Yemeni Gentleman », qu’il a réalisé et produit avec l’aide de l’expatrié britannique Tim Mackintosh-Smith.

En 2005, il sort « A New Day in Old Sana’a » (un drame romantique tourné à San’a’, la capitale), qui devient le premier long métrage tourné au Yémen et le premier film yéménite à être présenté au Festival de Cannes. Hirsi lui-même a fait une apparition en tant que djinn à la fin du film. Après que le film ait remporté le prix du meilleur film arabe au Festival international du film du Caire, le ministère égyptien de la Culture lui a remis un prix de 100 000 livres égyptiennes pour « son rôle dans la promotion des films arabes »

KHADIJA AL - SALAMI

Khadija al-Salami est une réalisatrice née en 1966 à Sanaa au Yémen. C’est la première réalisatrice yéménite. Elle vit à Paris.

Biographie
Née dans le plus pauvre des pays arabes, où 70 % de la population féminine est analphabète, elle est mariée à 11 ans. Elle est finalement renvoyée chez sa mère et obtient le divorce. Elle a la possibilité de travailler dans une télévision locale. À 16 ans, elle part étudier au Mount Vernon College for Women, à Washington. En 2006, elle est directrice du Centre de communication et de culture du Yémen à Paris.
Elle est la fondatrice de l’association My Future, qui soutient l’éducation des petites filles

Filmographie
Chacun de ses films ou documentaires parle de femmes hors du commun qui veulent vivre librement.

1991 : Hadramaout : Crossroads of Civilizations
1994 : Le Pays suspendu
1995 : Femmes de l’islam
1997 : Land of Sheba
2000 : Yemen of a Thousand Faces
2005 : Une étrangère dans sa ville
2006 : Amina
2014 : Moi Nojoom, 10 ans, divorcée, à partir du livre Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée de Nojoud Ali.

La réalisation du film Moi Nojoom, 10 ans, divorcée a été difficile. Il a fallu à Khadija al-Salami quatre ans d’efforts pour le financer. Ce film lui rappelait des souvenirs personnels douloureux. Lors du tournage au Yémen, le sujet étant tabou, elle maintint la plus grande discrétion pour éviter les foudres des intégristes et les attentats d’Al-Qaïda, toujours proches. Autour d’elle, lorsque les personnes apprenaient le véritable sujet du film, elle suscitait la peur, y compris parmi ses collaborateurs. L’électricité étant absente des zones rurales où le tournage avait lieu, son matériel suscitait une énorme curiosité de la part des habitants, et l’équipe a du même faire face à des vols.

SARA ISHAQ

Sara est une réalisatrice, scénariste et formatrice yéménite-écossaise nominée aux Oscars. Elle est née en Écosse, a grandi au Yémen et est actuellement basée à Amsterdam, aux Pays-Bas.

Après avoir obtenu son diplôme de l’Université d’Édimbourg en 2007, Sara a rapidement commencé une carrière dans le cinéma en travaillant avec des médias internationaux tels que la BBC, Channel 4 et d’autres.

En 2011, Sara a tourné son premier film indépendant « Karama Has No Walls » (2012), qui a ensuite été nominé pour un Oscar du meilleur documentaire (court métrage) et un BAFTA Scotland New Talent Award.

En 2012, Sara est diplômée de l’Edinburgh College of Art (UoE) avec une maîtrise en réalisation cinématographique, et peu après a sorti son long métrage personnel primé « The Mulberry House », qui a été présenté en première au Festival international du documentaire d’Amsterdam (IDFA), projeté en salles en Autriche et diffusé sur Al-Jazeera English.

En 2015, Sara a commencé à enseigner le cinéma au Yémen à la suite de la guerre actuelle et a ensuite cofondé Comra, une fondation cinématographique et une académie basées au Yémen d’où sont sortis certains des nouveaux talents les plus passionnants du Yémen.

Au fil des ans, Sara a présidé plusieurs comités de jury dans des festivals de cinéma et des fonds cinématographiques tels que le Festival international du documentaire d’Amsterdam (IDFA), les BFI London Film Awards, le BBC Aan Korb Arab Film Festival, IDFA Bertha Fund, le MOOOV Film Festival, DoxBox et autres.

Elle a travaillé en 2021 sur 2 films indépendants : « Sheba’s Daughter », un documentaire personnel expérimental sur la perte d’une patrie (soutenu par le programme « Connecting Stories » 2021 du Scottish Documentary Institute) ; et son premier long métrage de fiction, « The Station », qui a été sélectionné à L’Atelier de la Cinéfondation Festival de Cannes 2020.